Créer son entreprise de paysagiste en 2019, un pari gagnant ?

En 2019, de plus en plus de Français accordent une importance majeure aux espaces verts les entourant, conscient du bien être que procure la proximité avec la nature, même...
Plantations de pâquerettes dans le jardin d'une maison

En 2019, de plus en plus de Français accordent une importance majeure aux espaces verts les entourant, conscient du bien être que procure la proximité avec la nature, même totalement apprivoisée et modelée par l’homme. Ils sont également sans cesse plus nombreux à peaufiner leurs connaissances en végétaux et en jardinage. Ces données peuvent logiquement susciter l’intérêt de toutes celles et ceux qui envisageraient de faire de cette passion leur métier. Toutefois, le contexte économique reste difficile, et la santé financière de très nombreuses sociétés du secteur s’avère fragile. Qui plus est, être paysagiste implique généralement d’être entrepreneur, maitrisant la gestion courante d’une entreprise en plus d’avoir les compétences spécifiques en aménagement de l’espace, en agronomie, en conception et entretien de jardin, etc.

Les données macro-économiques du secteur

A l’échelle nationale, le secteur d’activité de l’aménagement paysager – codifié 81.30Z – regroupe près de 46 000 entreprises, et près des deux tiers d’entre elles comptent moins de 10 salariés. Au niveau de leur chiffre d’affaires, il dépasse les 6 milliards d’euros en cumulé, et s’avère en hausse marquée pour environ 6 000 de ces sociétés, tandis que 4 000 affichent, à l’inverse, une décroissance de leur activité. Entre ces deux extrêmes, la plupart des entreprises affiche un résultat globalement stable d’une année sur l’autre, ce qui explique que le secteur, dans son ensemble, soit parfois présenté comme « en panne de croissance ».

A vrai dire, 14 000 de ces sociétés présentent un problème de solvabilité, et 2 000 sont actuellement en procédures collectives, tandis qu’elles ne sont que 6 000 environ à être considérée comme « financièrement solides », et à dégager un résultat net supérieur à 3 000 euros. Concernant l’évolution des effectifs, l’on constate que le secteur reste malgré tout attrayant, avec près de 5 500 entreprises en cours de création, mais les emplois ainsi générés se font au travers de l’apparition de petites structures, souvent unipersonnelles, et qui se révèlent assez fragiles, du fait même de leur jeune âge. Pour ce qui est des embauches (ou des destructions de poste) au sein des sociétés déjà implantées, les statistiques font état de 1 500 entreprises avec un effectif en augmentation, contre 1 600 dans lesquelles cette donnée apparait en baisse.

Il convient de souligner que ces éléments chiffrés concernent l’aménagement paysager dans le sens large du terme, le métier de paysagiste en lui-même se retrouvant plus spécifiquement au sein de la sous-catégorie 81.30.12, intitulée « autres services d’aménagement paysager ». Cette dernière se concentre en effet sur la plantation, soins et entretien de parcs, jardins et bâtiments, ainsi que les services de reboisement, renaturalisation, amélioration du sol, etc. Cette sous-catégorie compte un peu moins de 30 000 entreprises, avoisinant à elles-seules 5 milliards d’euros de CA, en hausse de près de 30% depuis 2010. La filière emploie par ailleurs près de 100 000 personnes, faisant d’elle un acteur important de l’économie française.

Les forces et les faiblesses du métier de paysagiste

Cette profession attire chaque année de nombreuses personnes souhaitant travailler au contact de la nature, mais toutes ne réussissent pas dans ce choix de carrière, et il convient de comprendre pourquoi. De fait, il ne suffit pas d’aimer travailler en extérieur, même si être un homme ou une femme de terrain représente une condition sine qua non du succès. Il faut aussi tenir compte du fait que le métier d’entrepreneur du paysage implique, comme sa dénomination le laisse entendre, une part importante d’actions liées à l’entrepreneuriat.

Pour réussir, une étude de marché préalable à l’installation est donc plus que jamais requise, dans le but d’analyser la clientèle et la concurrence, bien sûr, mais aussi d’affiner son créneau d’activité. Il existe en effet un grand écart entre le jardin d’ornement d’un particulier ou d’une entreprise privée et l’opération de grande envergure lancée dans le cadre d’un marché public. En fonction de ses compétences, de ses moyens et de ses préférences, il faudra donc faire un choix. Pour information, le marché des particuliers reste le principal débouché des professionnels du secteur, avec environ 45% du CA total, contre 27% pour les entreprises privées et 28% pour les marchés publics.

Si les forces du métier de paysagiste semblent plutôt évidentes (créativité, contact avec la nature et avec les clients, liberté d’organisation, création de sa propre entreprise), les faiblesses – ou plutôt les contraintes imposées – sont parfois plus délicates à cerner. Et elles ne se limitent évidemment pas à l’élaboration du business plan, impliquant la gestion des investissements – en matériel, notamment, qui peut coûter cher lorsqu’il est question de grands espaces verts – mais aussi du personnel, des recettes et des charges. En moyenne, 30% des emplois de la profession sont des CDD, ce qui s’explique aisément par une sous-activité temporaire mais régulière, conséquence directe de la saisonnalité de l’activité. Il s’agit d’une donnée essentielle que tout paysagiste doit prendre en compte, de même qu’une saine gestion financière, tant au niveau du suivi de facturation que du recouvrement des créances.

Le futur du métier d’entrepreneur du paysage, entre menaces et opportunités

Depuis la crise économique de 2009, le nombre d’entreprises du secteur a été quasiment doublé, or comme nous l’avons vu précédemment, le CA cumulé n’a progressé « que » de 30% environ. Cet écart se traduit sur le terrain par une forte pression concurrentielle, que tout bon candidat à l’installation ne manquera pas de constater sur sa zone de chalandise. Qui plus est, la saisonnalité déjà évoquée implique de longues périodes – pendant l’hiver, principalement – durant lesquelles le paysagiste tentera d’équilibrer son activité, au travers d’un maximum de polyvalence (en réalisant des travaux d’aménagement, par exemple). De plus, si l’achat de matériel peut rapidement représenter des sommes conséquentes, le risque est grand que ces machines soient par la suite sous-utilisées, et bien souvent, une location s’avère préférable pour s’éviter un surinvestissement préjudiciable. Le travail dit « au black », bien qu’illégal et chassé par les ministères du Travail et de l’Agriculture – continue aussi de peser fortement sur le secteur du paysagisme.

Ces menaces ne doivent cependant pas occulter le fait que nous parlons ici d’emplois non-délocalisables par essence, ce qui est suffisamment rare pour être soulignés. De surcroît, si le pouvoir d’achat des particuliers reste pour l’heure trop faible pour permettre un fort redémarrage des activités liées au paysagisme, on constate d’ores et déjà une reprise de la construction neuve depuis 3 ans, et qui ne semble pas prête de s’essouffler. Il s’agit d’une excellente nouvelle, gage de nombreux espaces verts supplémentaires à aménager puis entretenir. Qui plus est, avec l’ouverture de structures de services à la personne – sous agrément – certains professionnels parviennent à regagner l’intérêt de particuliers utilisant leurs CESU. Le CESU préfinancé est en effet un moyen de paiement comparable au ticket restaurant qui permet de régler la facture d’une prestation fournie par un organisme agréé de services d’aide à domicile pour du jardinage, comme Apef. Une réduction ou un crédit d’impôt de 50% des sommes versées au cours de l’année est reversé en fin d’année.

La professionnalisation et la diversification des acteurs du secteur constituent également deux tendances lourdes. Et dès aujourd’hui, alors même qu’aucun diplôme n’est légalement requis pour devenir paysagiste, près de 80% de celles et ceux qui se lancent dans l’aventure en ont un. Il peut s’agit d’un Baccalauréat Professionnel, d’un CAPA, BPA, BTSA, ou bien encore d’une certification – de spécialisation ou de qualification professionnelle – voire d’une licence ou d’un diplôme d’ingénieur. Quant à la diversification, elle concerne surtout les petites structures naissantes, appelées à être polyvalentes pour subsister, et de fait, c’est l’une des clés de la réponse à notre problématique : oui, créer son entreprise de paysagiste en 2019 fait sens, mais à condition de bien mesurer les défis à surmonter, dont celui de la multi-spécialisation.

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